Donner envie de lire à son enfant : et si tout commençait par l’ambiance ?

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On croit souvent que le goût de la lecture dépend du bon livre.
Mais il dépend d’abord du climat.

Un enfant ne tombe pas amoureux des livres dans la contrainte.
Il y entre par la sécurité.

Le pédopsychiatre Boris Cyrulnik explique que le lien affectif est un moteur d’apprentissage puissant.
Quand un moment est associé à de la douceur, à une présence rassurante, le cerveau enregistre du plaisir.

Lire ensemble le soir n’est pas qu’un acte éducatif.
C’est une empreinte émotionnelle.

Un enfant à qui on lit une histoire sur les genoux n’apprend pas seulement à décoder des mots.
Il associe le livre à la chaleur.

Et ça, ça change tout.


Ce qui bloque souvent, ce n’est pas la lecture. C’est la pression.

“Tu dois lire 20 minutes.”
“Tu es en retard.”
“À ton âge, je lisais déjà…”

Et sans le vouloir, on transforme le livre en performance.

Les travaux de Catherine Gueguen sur les neurosciences affectives montrent que le stress inhibe l’apprentissage.
Quand un enfant se sent jugé, son cerveau passe en mode défense.

Or lire demande de la disponibilité mentale.
De la lenteur.

Parfois, pour redonner envie de lire, il faut commencer par retirer la pression.


Et si on arrêtait de vouloir qu’il lise “les bons livres” ?

Je vais te dire quelque chose que tu sais déjà, mais qu’on oublie facilement.

Un enfant qui lit un manga, une BD, un magazine, lit.
Un enfant qui dévore un roman d’aventure un peu “facile” lit.
Un enfant qui relit dix fois la même saga lit.

La lecture n’a pas besoin d’être noble.
Elle a besoin d’être désirée.

Le chercheur Daniel Pennac, dans Comme un roman, parle des “droits imprescriptibles du lecteur”.
Le droit de ne pas finir un livre.
Le droit de relire.
Le droit de lire n’importe quoi.

Ces droits sont puissants.

Parce qu’ils rendent la lecture libre.


Donner envie de lire, c’est aussi montrer qu’on lit

Un enfant observe plus qu’il n’écoute.

S’il te voit avec un livre à la main, un carnet, un magazine, il comprend que lire n’est pas une punition réservée aux enfants.

Il comprend que c’est une manière d’habiter le monde.

Pas besoin de discours.
La scène suffit.

Toi, un dimanche matin, un thé chaud, un livre ouvert.
C’est déjà une invitation silencieuse.


La lecture naît souvent d’une identification

Un enfant accroche quand il se reconnaît.

Un héros qui lui ressemble.
Une héroïne qui doute.
Une aventure qui parle d’amitié, de colère, de courage.

Lire devient alors une exploration intérieure.

Et parfois, l’étincelle vient d’un hasard :
une couverture attrayante,
un camarade qui en parle,
une autrice rencontrée au détour d’un salon.

Donner envie de lire, ce n’est pas forcer la rencontre.
C’est multiplier les occasions.


Et si on changeait la question ?

Au lieu de :
“Comment le faire lire ?”

On pourrait se demander :
“Comment faire du livre un espace agréable ?”

Un coin lecture avec un plaid.
Une bibliothèque accessible.
Un passage régulier à la médiathèque sans obligation d’emprunter.

La liberté crée le désir.


Ce que je crois profondément

Un enfant qui n’aime pas lire aujourd’hui peut aimer lire demain.

Le goût de la lecture n’est pas linéaire.
Il traverse des phases.

Il y a les périodes de passion.
Celles d’abandon.
Celles de retour.

Notre rôle n’est pas de pousser.
C’est de maintenir la porte ouverte.

Un jour, il la franchira.

Et peut-être que ce jour-là, il ne te dira pas merci.
Mais il se souviendra que les livres n’ont jamais été une arme.
Seulement une possibilité.

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